Comprendre la Faute Grave et ses Implications

 

Procédure Complète du Licenciement pour Faute Grave : Guide Pratique pour les Employeurs

Le licenciement pour faute grave représente l’une des ruptures de contrat de travail les plus délicates et les plus lourdes de conséquences, tant pour l’employeur que pour le salarié. Caractérisée par un manquement d’une telle importance qu’il rend impossible le maintien du salarié dans l’entreprise, même pendant la durée du préavis, cette procédure exige une rigueur et une conformité juridique irréprochables.

Pour un employeur, maîtriser chaque étape de cette procédure est essentiel pour éviter des contentieux coûteux et des condamnations pour licenciement sans cause réelle et sérieuse. Cet article se propose de vous guider pas à pas à travers les méandres de la procédure de licenciement pour faute grave en droit français, en détaillant les étapes clés, les délais à respecter et les pièges à déjouer.

1. Comprendre la Faute Grave et ses Implications

Qu’est-ce que la Faute Grave ?

La faute grave est définie par la jurisprudence comme un fait ou un ensemble de faits imputables au salarié qui constitue une violation des obligations découlant de son contrat de travail ou de ses relations de travail, d’une importance telle qu’elle rend impossible le maintien de l’intéressé dans l’entreprise, même pendant la durée limitée du préavis (Cass. Soc., 27 sept. 2007, n° 06-43.869). Elle est appréciée au cas par cas, en fonction de la nature des fonctions du salarié, de son ancienneté, de son passif disciplinaire, des circonstances et de la gravité du préjudice pour l’entreprise.

Exemples courants de faute grave incluent le vol, l’abus de confiance, l’insubordination caractérisée, l’abandon de poste, le harcèlement, la violence, la divulgation de secrets professionnels ou encore la faute professionnelle lourde de conséquences pour l’entreprise.

Distinction avec la Faute Simple et la Faute Lourde

  • Faute Simple : Manquement aux obligations contractuelles du salarié, mais n’empêchant pas son maintien dans l’entreprise pendant le préavis. Elle ouvre droit à l’indemnité de préavis, à l’indemnité de licenciement et à l’indemnité compensatrice de congés payés.
  • Faute Grave : Manquement rendant impossible le maintien du salarié dans l’entreprise. Le salarié est privé de l’indemnité de préavis et de l’indemnité de licenciement. Il conserve l’indemnité compensatrice de congés payés acquis avant la faute.
  • Faute Lourde : Faute grave commise avec l’intention de nuire à l’employeur ou à l’entreprise. C’est la seule faute qui prive le salarié de l’indemnité compensatrice de congés payés. Elle est extrêmement difficile à prouver.

Les Conséquences pour le Salarié

Un licenciement pour faute grave entraîne la rupture immédiate du contrat de travail. Le salarié ne bénéficie pas :

  • De l’indemnité de licenciement.
  • De l’indemnité compensatrice de préavis.

Il conserve néanmoins le droit à l’indemnité compensatrice de congés payés (sauf en cas de faute lourde) et peut prétendre aux allocations chômage, sous réserve de remplir les conditions d’éligibilité.

L’Importance de la Preuve

La charge de la preuve de la faute grave incombe intégralement à l’employeur. Il est impératif de rassembler des preuves solides, objectives, licites et précises des faits reprochés. Sans preuves suffisantes, le licenciement pourra être requalifié en licenciement sans cause réelle et sérieuse par les Prud’hommes, exposant l’employeur à de lourdes sanctions financières.

2. Les Étapes Cruciales de la Procédure de Licenciement pour Faute Grave

Étape 1 : La Mise à Pied Conservatoire (Optionnel mais fréquent)

Dès la découverte des faits pouvant constituer une faute grave, l’employeur peut décider de prononcer une mise à pied conservatoire. Cette mesure n’est pas une sanction disciplinaire, mais une mesure d’attente qui permet d’écarter le salarié de l’entreprise le temps de mener l’enquête et de décider de la suite à donner. Elle est justifiée par l’urgence et la gravité des faits.

  • Conditions : Il doit y avoir une suspicion sérieuse de faute grave et une urgence à écarter le salarié.
  • Formalisme : Elle doit être notifiée par écrit (lettre recommandée avec AR ou remise en main propre contre décharge) et préciser son caractère conservatoire. Elle ne doit pas durer indéfiniment.
  • Rémunération : Le salarié n’est pas rémunéré pendant la durée de la mise à pied conservatoire. Si le licenciement pour faute grave n’est finalement pas prononcé, les salaires non perçus devront lui être versés.

Étape 2 : La Convocation à l’Entretien Préalable

C’est une étape obligatoire, même en cas de faute grave. La convocation doit être envoyée par lettre recommandée avec accusé de réception ou remise en main propre contre décharge.

  • Délai : L’entretien ne peut avoir lieu moins de 5 jours ouvrables après la première présentation de la lettre de convocation.
  • Contenu de la lettre : Elle doit impérativement mentionner :
    • L’objet de l’entretien (licenciement envisagé).
    • La date, l’heure et le lieu de l’entretien.
    • La possibilité pour le salarié de se faire assister par une personne de son choix appartenant au personnel de l’entreprise ou, en l’absence de représentant du personnel dans l’entreprise, par

      La possibilité pour le salarié de se faire assister par une personne de son choix appartenant au personnel de l’entreprise ou, en l’absence de représentant du personnel dans l’entreprise, par un conseiller du salarié inscrit sur une liste établie par l’autorité administrative (généralement disponible en mairie ou à l’inspection du travail).

      La lettre doit également préciser l’adresse où cette liste peut être consultée.

      Toute irrégularité dans la convocation (oubli d’une mention obligatoire, non-respect du délai de 5 jours ouvrables, imprécision sur l’objet) constitue une irrégularité de procédure pouvant ouvrir droit à indemnisation pour le salarié.

Étape 3 : Le Déroulement de l’Entretien Préalable

L’entretien préalable n’est pas une simple formalité. Il s’agit d’un moment d’échange contradictoire. Objectif de l’entretien.

L’employeur doit :

Exposer les faits reprochés au salarié ;

Présenter les motifs qui justifient la sanction envisagée ;

Recueillir les explications du salarié.Le salarié peut :

Se défendre ;

Fournir des justificatifs ;

Contester les faits ;

Proposer des explications ou circonstances atténuantes.

L’employeur ne peut pas annoncer immédiatement la décision définitive de licenciement durant l’entretien. Une période de réflexion est obligatoire.

Étape 4 : La Notification du Licenciement

Si l’employeur décide de maintenir sa décision, il doit notifier le licenciement par lettre recommandée avec accusé de réception.

Délai d’envoi

La lettre ne peut être envoyée :

  • Moins de 2 jours ouvrables après l’entretien (en cas de licenciement pour motif personnel) ;
  • Ni plus d’un mois après l’entretien en cas de licenciement disciplinaire.

Contenu obligatoire

La lettre de licenciement est fondamentale : elle fixe les limites du litige.

Elle doit mentionner précisément :

  • Les faits reprochés ;
  • Leur date ;
  • Leur nature ;
  • Les éléments rendant impossible le maintien du salarié dans l’entreprise (notamment en cas de faute grave).

Une motivation insuffisante ou imprécise peut rendre le licenciement sans cause réelle et sérieuse.

Depuis les évolutions législatives récentes, le salarié peut demander des précisions sur les motifs énoncés dans un délai déterminé après réception de la lettre.

Étape 5 : Les Conséquences du Licenciement

Une fois notifié, le licenciement entraîne plusieurs effets juridiques.

Le Préavis

Sauf en cas de faute grave ou lourde, le salarié exécute un préavis dont la durée dépend :

  • De la loi ;
  • De la convention collective ;
  • De son ancienneté.

L’employeur peut dispenser le salarié d’effectuer son préavis, mais devra alors verser une indemnité compensatrice.

L’Indemnité de Licenciement

Le salarié ayant au moins 8 mois d’ancienneté ininterrompue bénéficie d’une indemnité légale (ou conventionnelle si plus favorable), sauf en cas de faute grave ou lourde.

Les Documents de Fin de Contrat

L’employeur doit remettre :

L’attestation destinée à France Travail (anciennement Pôle emploi).

Le certificat de travail ;

Le reçu pour solde de tout compte ;

Conclusion

La procédure de licenciement est strictement encadrée par le droit du travail. Chaque étape — convocation, entretien, notification — doit être respectée avec rigueur.

Une erreur de procédure peut coûter cher à l’employeur, même si les faits reprochés sont réels. À l’inverse, le salarié doit connaître ses droits afin de pouvoir se défendre efficacement.

Le respect du formalisme est donc essentiel : en matière de licenciement, la procédure est presque aussi importante que le motif lui-même.

Comprendre le Licenciement Économique : Définition et Cadre Légal (2026)








Procédure Complète du Licenciement pour Motif Économique en France (Édition 2026)

Le licenciement pour motif économique est une réalité complexe et souvent douloureuse pour les entreprises comme pour les salariés. Face à des difficultés conjoncturelles, des mutations technologiques ou la nécessité de sauvegarder leur compétitivité, les employeurs peuvent être contraints de réduire leurs effectifs. En France, cette procédure est strictement encadrée par le Code du travail, et chaque année apporte son lot de précisions jurisprudentielles ou de potentielles évolutions législatives. Anticiper les exigences de 2026 est crucial pour toute entreprise souhaitant naviguer sereinement dans ce processus.

Cet article, rédigé par un expert en droit social , vous offre un guide exhaustif de la procédure complète du licenciement pour motif économique en France, en tenant compte des pratiques et des attentes pour 2026. Nous explorerons les définitions, les obligations de l’employeur, les droits des salariés et le rôle des différentes instances, afin de vous fournir une feuille de route claire et précise.

1. Comprendre le Licenciement Économique : Définition et Cadre Légal (2026)

Avant d’engager toute démarche, il est impératif de bien cerner ce qui constitue un motif économique légitime aux yeux de la loi française.

1.1. La Définition du Motif Économique

Selon l’article L1233-3 du Code du travail, un licenciement est considéré comme économique lorsqu’il est non inhérent à la personne du salarié et résulte d’une suppression ou transformation d’emploi, ou d’une modification, refusée par le salarié, d’un élément essentiel du contrat de travail, consécutives notamment :

  • De difficultés économiques caractérisées soit par l’évolution significative d’au moins un indicateur économique (baisse des commandes ou du chiffre d’affaires, pertes d’exploitation, dégradation de la trésorerie ou de l’excédent brut d’exploitation), soit par tout autre élément de nature à justifier de ces difficultés.
  • De mutations technologiques.
  • D’une réorganisation de l’entreprise nécessaire à la sauvegarde de sa compétitivité.
  • De la cessation d’activité de l’entreprise (sauf si celle-ci est due à une faute de l’employeur).

La preuve de la réalité et du sérieux du motif économique incombe à l’employeur. Il est essentiel que le motif soit précis, objectivable et actuel au moment de l’envoi de la lettre de licenciement.

1.2. Le Cadre Légal et les Anticipations pour 2026

Le licenciement économique est principalement régi par le Code du travail (articles L1233-1 et suivants), la jurisprudence constante de la Cour de cassation, et les conventions ou accords collectifs de branche ou d’entreprise. Pour 2026, si des réformes majeures ne sont pas encore annoncées, il est prudent de toujours se tenir informé des dernières évolutions législatives et jurisprudentielles qui peuvent affiner l’interprétation des textes existants. Les entreprises devront continuer à faire preuve de rigueur dans l’application des procédures pour éviter toute contestation.

2. Les Étapes Préalables Incontournables avant la Rupture

La procédure de licenciement économique est jalonnée d’étapes que l’employeur doit scrupuleusement respecter avant même d’envisager la rupture du contrat de travail.

2.1. L’Obligation de Reclassement du Salarié

C’est une obligation fondamentale et l’une des plus lourdes pour l’employeur. Avant tout licenciement économique, l’employeur doit rechercher toutes les possibilités de reclassement du salarié sur un emploi disponible, équivalent ou inférieur, avec ou sans modification du contrat de travail, au sein de l’entreprise ou du groupe auquel elle appartient, situé sur le territoire national.

  • Périmètre : L’obligation s’étend à l’ensemble des entreprises du groupe dont les activités, l’organisation ou le lieu d’exploitation permettent d’effectuer la permutation de tout ou partie du personnel.
  • Offres : Les offres de reclassement doivent être écrites, personnalisées, sérieuses et précises. Elles doivent mentionner la nature de l’emploi, la rémunération, la qualification, le lieu de travail et la date d’embauche.
  • Formation : L’employeur doit proposer les actions de formation nécessaires à l’adaptation du salarié au nouveau poste.

Le non-respect de cette obligation peut rendre le licenciement sans cause réelle et sérieuse.

2.2. La Consultation des Représentants du Personnel (CSE)

La consultation du Comité Social et Économique (CSE) est une étape obligatoire, dont les modalités varient selon le nombre de salariés concernés par le licenciement.

  • Licenciement individuel ou collectif de moins de 10 salariés sur une période de 30 jours : L’employeur doit consulter le CSE sur le projet de licenciement et les mesures d’accompagnement. Le CSE rend un avis.
  • Licenciement collectif d’au moins 10 salariés sur une période de 30 jours (avec PSE) : La procédure est plus lourde. L’employeur doit consulter le CSE sur le projet de licenciement et sur le Plan de Sauvegarde de l’Emploi (PSE). Plusieurs réunions sont nécessaires, avec des délais spécifiques. Le CSE est assisté d’un expert-comptable pour l’analyse des documents fournis.

2.3. La Détermination de l’Ordre des Licenciements

Lorsque plusieurs salariés occupent des postes similaires dans l’entreprise et que l’employeur est contraint de licencier pour motif économique, il doit établir un ordre des licenciements basé sur des critères légaux et/ou conventionnels. Ces critères incluent généralement :

  • Les charges de famille du salarié, en particulier celles des parents isolés.
  • L’ancienneté dans l’entreprise ou l’établissement.
  • La situation des salariés qui présentent des caractéristiques sociales rendant leur réinsertion professionnelle particulièrement difficile (âge, handicap, etc.).
  • Les qualités professionnelles appréciées par catégorie d’emploi.

L’employeur doit appliquer ces critères de manière objective et transparente, et les communiquer au salarié qui en fait la demande.

3. La Notification du Licenciement et ses Conséquences

Une fois les étapes préalables respectées, l’employeur peut engager la procédure formelle de notification du licenciement.

3.1. L’Entretien Préalable

Que le licenciement soit motivé par un motif personnel (disciplinaire ou non) ou, dans certains cas, par un motif économique individuel, l’employeur doit convoquer le salarié à un entretien préalable.

La convocation est adressée par lettre recommandée avec accusé de réception ou remise en main propre contre décharge. Elle doit préciser :

  • L’objet de l’entretien (éventualité d’un licenciement)
  • La date, l’heure et le lieu de l’entretien
  • La possibilité pour le salarié de se faire assister (par un représentant du personnel ou, à défaut, par un conseiller extérieur inscrit sur une liste préfectorale)

L’entretien préalable ne constitue pas une simple formalité. Il permet :

  • À l’employeur d’exposer les motifs envisagés
  • Au salarié de fournir des explications et de présenter sa défense

Aucune décision définitive ne peut être prise avant la tenue de cet entretien.


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Continue et termine cet article 3. La Notification du Licenciement et ses Conséquences Une fois les étapes préalables respectées, l’employeur peut engager la procédure formelle de notification du licenciement. 3.1. L’Entretien Préalable Que le licenci

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3.1. L’Entretien Préalable

Que le licenciement soit motivé par un motif personnel (disciplinaire ou non) ou, dans certains cas, par un motif économique individuel, l’employeur doit convoquer le salarié à un entretien préalable.

La convocation est adressée par lettre recommandée avec accusé de réception ou remise en main propre contre décharge. Elle doit préciser :

  • L’objet de l’entretien (éventualité d’un licenciement)
  • La date, l’heure et le lieu de l’entretien
  • La possibilité pour le salarié de se faire assister (par un représentant du personnel ou, à défaut, par un conseiller extérieur inscrit sur une liste préfectorale)

L’entretien préalable ne constitue pas une simple formalité. Il permet :

  • À l’employeur d’exposer les motifs envisagés
  • Au salarié de fournir des explications et de présenter sa défense

Aucune décision définitive ne peut être prise avant la tenue de cet entretien.


3.2. La Notification du Licenciement

Après l’entretien préalable, et sous réserve du respect d’un délai minimal de réflexion (notamment en matière disciplinaire), l’employeur peut notifier le licenciement.

La notification doit obligatoirement être faite par lettre recommandée avec accusé de réception. Cette lettre est essentielle : elle fixe les limites du litige en cas de contestation.

Elle doit contenir :

  • Le ou les motifs précis du licenciement
  • Les faits reprochés (en cas de licenciement disciplinaire)
  • La référence à la cause économique le cas échéant

Un défaut de motivation ou une motivation insuffisante peut rendre le licenciement sans cause réelle et sérieuse.


3.3. Le Préavis

Sauf en cas de faute grave ou de faute lourde, le salarié bénéficie d’un préavis dont la durée dépend :

  • De son ancienneté
  • De sa convention collective
  • De son contrat de travail

Le préavis peut être :

  • Exécuté normalement
  • Dispensé par l’employeur (avec indemnité compensatrice)
  • Non effectué en raison d’une faute grave ou lourde

Pendant le préavis, le contrat de travail continue de produire ses effets.

3.4. Les Indemnités de Licenciement

Selon la situation, plusieurs indemnités peuvent être dues :

  • L’indemnité légale ou conventionnelle de licenciement (sauf faute grave ou lourde)
  • L’indemnité compensatrice de préavis
  • L’indemnité compensatrice de congés payés

En cas de licenciement sans cause réelle et sérieuse, le salarié peut obtenir des dommages-intérêts devant le conseil de prud’hommes.

3.5. Les Documents de Fin de Contrat

À la fin du contrat, l’employeur doit remettre au salarié :

  • Le certificat de travail
  • L’attestation destinée à France Travail
  • Le reçu pour solde de tout compte

Le défaut de remise de ces documents peut engager la responsabilité de l’employeur.

4. Les Conséquences Juridiques d’un Licenciement Irrégulier

Un licenciement peut être contesté devant le Conseil de prud’hommes dans un délai de 12 mois à compter de la notification.

Le juge vérifiera :

  • La régularité de la procédure
  • L’existence d’une cause réelle et sérieuse
  • Le respect des droits du salarié

Selon les cas, les conséquences peuvent être :

  • Le versement de dommages-intérêts
  • La requalification du licenciement
  • Exceptionnellement, la réintégration du salarié

Conclusion

La notification du licenciement constitue une étape déterminante dans la rupture du contrat de travail. Elle ne se limite pas à l’envoi d’une lettre : elle s’inscrit dans une procédure stricte destinée à garantir les droits du salarié tout en sécurisant l’employeur.

Le respect des étapes — convocation à l’entretien préalable, tenue de l’entretien, notification motivée, respect du préavis et versement des indemnités — est essentiel.

Un manquement, même formel, peut entraîner des conséquences financières significatives.

Ainsi, le licenciement n’est pas seulement un acte de gestion des ressources humaines : c’est un acte juridique encadré, dont la maîtrise est indispensable pour éviter tout contentieux.

Temps de trajet vestiaire ‑ pointeuse : le nouveau cadre du temps de travail effectif


Dans les hyper‑marchés et les supermarchés, le passage du vestiaire à la pointeuse est devenu un rituel quotidien. Jusqu’à récemment, ce déplacement d’une à deux minutes était considéré comme « hors du temps de travail ». Or, la Cour de cassation, dans un arrêt du 21 janvier 2026 (n° 24‑20.847), a renversé cette interprétation et a reconnu ce trajet comme du temps de travail effectif. Cette évolution soulève deux questions majeures : comment qualifier juridiquement ce temps de trajet, et quelles conséquences cela entraîne‑t‑il pour les bulletins de paie et les obligations de l’employeur ? Nous analyserons d’abord le cadre légal, puis le contenu de l’arrêt, avant d’exposer les impacts concrets et les bonnes pratiques à mettre en œuvre.

Le cadre légal : qu’est-ce que le temps de travail effectif ?

L’article L.3121‑1 du Code du travail précise que :
« Le temps de travail effectif est le temps
pendant lequel le salarié est à la disposition de l’employeur et se conforme à ses directives, sans pouvoir vaquer librement à des occupations personnelles. »
En pratique, cela signifie que chaque minute où le salarié ne peut pas exercer librement son activité (ex. : déplacements imposés, tenue d’une réunion, formation, etc.) doit être comptabilisée comme du temps de travail. La jurisprudence a constamment rappelé que l’absence de directive explicite de l’employeur ne suffit pas à exclure la requalification ; c’est l’obligation de disponibilité qui prime. Ainsi, le simple fait de devoir franchir un vestiaire pour accéder à la zone de pointage constitue une contrainte imposée par l’organisation de l’entreprise.
Source : Article L.3121-1 du Code du travail – Légifrance

👉 Lien :
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/id/LEGITEXT000006072050/2023-01-01#LEGIARTI000006901823

Ce que dit l’arrêt du 21 janvier 2026:

Faits : Un groupe de salariés d’une chaîne de grande distribution a saisi le conseil de prud’hommes, estimant que le temps passé chaque jour entre le vestiaire et la pointeuse (environ 2 minutes) était exclu du salaire. L’employeur soutenait que ces minutes relevaient d’un « temps de déplacement interne » non productif.

La question juridique

Le trajet entre le vestiaire et la pointeuse doit-il être considéré comme du temps de travail effectif au sens de l’article L.3121-1 du Code du travail ?

La solution de la Cour

La Chambre sociale a jugé que le trajet constituait :« un temps pendant lequel le salarié est à la disposition de l’employeur et ne peut vaquer à ses occupations personnelles ».Elle a rappelé que la contrainte de se rendre à la pointeuse est imposée par l’employeur afin de vérifier la présence et l’horaire de travail, ce qui constitue une directive implicite.

Le raisonnement retenu

La Cour s’est appuyée sur sa jurisprudence antérieure, notamment les arrêts des 12 février 2015 et 3 novembre 2020, qui considèrent que tout déplacement interne obligatoire constitue du temps de travail effectif, même en l’absence d’instruction formelle.

Elle a précisé que la distinction entre « temps de trajet professionnel » et « temps de déplacement interne » ne repose pas sur la distance parcourue, mais sur le caractère obligatoire du déplacement.

Source officielle

Décision rendue par la Cour de cassation, chambre sociale :

Cass. soc., 21 janvier 2026, n° 24-20.847
Lien officiel : https://www.legifrance.gouv.fr/cassation/decision/2026/01/21/24-20-847

Qui est concerné et quelles sont les obligations ?

Qui est concerné ?

Tous les salariés soumis à une obligation de pointage à l’entrée du magasin, notamment :

  • Les agents de caisse
  • Les réassortisseurs
  • Les équipes logistiques

Quelles obligations nouvelles pour l’employeur ?

Le temps de trajet entre le vestiaire et la pointeuse doit désormais être intégré :

  • Dans le calcul du temps de travail quotidien
  • Dans le calcul des heures supplémentaires, le cas échéant

Quel impact sur les bulletins de paie ?

Les minutes supplémentaires (environ 2 minutes par jour, soit près de 10 heures par an) doivent être rémunérées :

Au taux normal

Ou au taux majoré si le contingent d’heures légales est dépassé

Quel risque en cas de non-conformité ?

En l’absence de prise en compte de ce temps, l’entreprise s’expose à :

Un redressement de l’URSSAF.

Des majorations de cotisations sociales.

Un risque de requalification en travail dissimulé

Dialogue social

Les accords d’entreprise devront être révisés afin d’intégrer ce temps dans les plafonds d’heures complémentaires.

Comment se mettre en conformité ?

Actualiser le registre du temps de travail

Intégrez les minutes de trajet dans le logiciel de pointage (par exemple : ajouter 2 minutes à chaque entrée).

Recalculer les heures supplémentaires

Vérifiez chaque période de paie afin de déterminer si le cumul dépasse la durée légale de 35 heures par semaine et appliquez les majorations prévues.

Informer les salariés

Diffusez une note explicative ou organisez une réunion d’information pour clarifier la nouvelle qualification du temps de trajet.

Adapter les accords collectifs

Si un accord prévoit un forfait jours ou des plafonds d’heures complémentaires, les clauses concernées devront être renégociées.

Contrôler les risques URSSAF

Un audit interne ou l’intervention d’un expert en paie peut permettre de sécuriser la conformité du calcul des heures.

Ce qu’il faut absolument retenir

Le trajet vestiaire-pointeuse est désormais qualifié de temps de travail effectif (Cass. soc., 21 janvier 2026, n° 24-20.847).Il doit être intégré dans le calcul quotidien du temps de travail et des heures supplémentaires.Les salariés concernés sont principalement les équipes en magasin de grande distribution.

L’employeur s’expose à un redressement URSSAF en cas de non-prise en compte. La mise en conformité passe par l’adaptation du logiciel de pointage, l’information des salariés et la révision des accords collectifs.

Conclusion

L’arrêt rendu le 21 janvier 2026 par la Cour de cassation impose aux entreprises de grande distribution de requalifier le court déplacement entre le vestiaire et la pointeuse en temps de travail effectif, avec toutes les conséquences salariales et sociales que cela implique.La mise en conformité nécessite une actualisation des outils de suivi du temps, un recalcul précis des heures travaillées et une communication claire auprès des salariés.

Sources

Cass. soc., 21 janvier 2026, n° 24-20.847

Légifrance

Village de la Justice

Juritravail

Mention d’information

Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil juridique. Pour toute situation personnelle, il est recommandé de consulter un avocat spécialisé en droit du travail.